Jacotte Bellemin

 

Jacotte, plus exactement : Jacqueline Claudie Bellemin est née le 16 juin 1931 au 142 du cours Gambetta, à Lyon.

Jacotte L Clergue

Son père Claudius Bellemin est dessinateur, sa mère Jeanne Jayet est sans profession. 

Elle se plaisait à dire :

"Je suis née à Lyon, mais ai toujours préféré la campagne. Je vis dans la maison où est née la grand-mère de ma grand-mère. Le grand-père de ma mère y était à la même place maréchal-ferrant mais aussi, poète, inventeur, et doué d'une voix dont on parlait encore quand il restait des vieux dans le pays. Il aurait pu faire une carrière de ténor".


Par la branche maternelle, elle est issue de familles irignoises enracinées dans la commune depuis des générations.
C'est une enfant fragile, souvent malade. Pour l'occuper on l'initie au travail de la broderie, elle est familiarisée très tôt avec le fil et l'aiguille.

"Si je brode, c'est que je le fais depuis l'âge de trois ans, enseignée par ma mère et ma grand-mère". 

Jacotte Bellemin, par Lucien Clergue.

 

Sa mère peint d'admirables faïences, son père est passionné par les jardins. Ils sont aussi amateurs avertis de musique de théâtre et de littérature. Ils sont souvent présents aux spectacles lyonnais. L'opéra, les théâtres de Fourvière, le parvis de la cathédrale Saint-Jean, on y donnait souvent des spectacles, sont des lieux familiers pour eux, et forcément avec le temps, le deviennent pour Jacotte aussi. Il eut été bien curieux que dans un tel environnement, elle ne manifesta pas quelque attirance pour les arts. 

C'est la muse de la musique qui sera sa bonne fée. C'est sa vocation, c'est décidée, en 1943, elle a 12 ans, elle est inscrite en classe de chant au Conservatoire de Lyon qui est, à l'époque, sous la direction d'Ennemont Trillat.

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Plus tard, entre 1953 et 1955 elle va en Allemagne, à Stuttgart, poursuivre ses études de chant. Son maître, est une grande soprano, Paula Kapper. Elle a chanté les grands rôles de l'opéra de Stuttgart. Elle y rencontre Wieland Wagner, petit fils du compositeur. Grâce à cette rencontre, elle sera invitée à Bayreuth pour la durée du festival, pendant plusieurs années.

 

 

 

Au festival de Bayreuth avec ses parents, début des années 50.

 

Puis, c'est l'Italie, la Toscane, où la musique l'amène au contact d'artistes d'autres disciplines. Ce voisinage la ramène progressivement à la broderie. C'est une étape importante de sa vie. C'est sans doute à ce moment qu'elle décide de rompre avec la musique en qualité d'interprète, estimant

"je n'obtenais pas les résultats que je désirais, je ne progressais pas assez, alors, j'ai décidé d'abandonner le chant".

Elle va se consacrer, désormais à la tapisserie

En avril 1957, elle expose des tapisseries à la galerie Numero de Florence. Antonio Bueno, peintre, d'origine espagnole, étonné de la modestie de Jacotte écrit :

"à une époque où tant d'artistes refusent la qualification de décorateur, Jacqueline Bellemin qui se propose candidement artisane, représente une exception… (…) que ses œuvres soient le fruit d'une intelligente collaboration, ou soient entièrement les siennes, ce que ressent qui les regarde, a un facteur commun, toujours présent, qui transfigure la matière, et, faisant revivre les coloris de la trame patient de la tapisserie, confère à celle-ci, malgré l'humilité de l'intention (nous devrions dire la vertu de cette humilité) une nouvelle et surprenante noblesse".

Avec beaucoup de délicatesse, Jean-Jacques Lerrant en 1971 dit :

"elle est l'ouvrière du pollen de la poussière de soleil et de l'aile de papillon".

Serge Dieudonné, s'exprime dans le catalogue de l'exposition de Tunis en 1977 :

"(…) dire que chants d'oiseaux et jasement de sources jaillissent de ces œuvres, n'est que leur rendre à demi justice. C'est une part seulement de leur évidence. Le plaisir dont elles nous comblent est message lui-même où scintille la sagesse : chaque seconde que nous vivons recel en soi, certes sa ruine, mais encore son éternité".

Son ami Lucien Clergue, en 2007, venant d'être élu à l'Académie des Beaux-Arts, et regrettant qu'elle ne fut plus là pour lui broder son habit vert, confiait :

"(…) ça l'aurait épatée, elle aurait appelé en renfort tous les canuts pour trouver le mot juste ! Vous imaginez les feuilles de laurier – ou d'oliviers ? Vas-y ma Jacotte, pousse l'aiguille de ton dé enchanté entre les nuages et les coulées de ciel bleu !
 
"Faisant revivre les coloris de la trame" (…) " elle est l'ouvrière de la poussière de soleil" (…) " chants d'oiseaux et jasements de sources jaillissent" (…) " pousse ton dé enchanté entre les nuages et les coulées de ciel bleu"

La musique est constamment présente dans les tapisseries de Jacotte. Elle a fait de la musique un art pictural.

Par le fil et l'aiguille, elle compose des symphonies.

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L'arbre jardin (2.30m x 2.40m)

 

Jacotte-3

L'olivier (0.90m x 1.50m)

 

Jacotte-4

Daphnée (1.00m x 1.70m)

 

Papagno

Papagéno (1.10m x 1.60m)

 

Jacotte-5

D'après une photographie de Lucien Clergue, Le marais d'Arles (1.20m x 1.60m)

 

En 1981, Jacotte reçoit le Grand Prix Départemental des Métiers d'Arts, très honorable distinction, mais ce talent méconnu, souvenons-nous de ce qu'étaient les médias de l'époque, méritait, sans aucun doute, bien plus prestigieuse récompense.

Puis, la bonne fée qui l'accompagnait depuis longtemps, l'abandonna. Son existence fut très perturbée par des problèmes d'ordre matériel, auxquels elle n'avait jamais été confrontée.

Ses parents subirent un énorme revers de fortune. Ils furent ensuite frappés par la maladie. Jacotte dû s'occuper d'eux. Elle ne disposait plus de la disponibilité nécessaire à son travail de création. Elle cessa de broder. Puis ils disparurent. Nés à quelques mois d'intervalles de la même année, lui : juillet 1902, elle : avril 1902, ils furent quasiment réunis pour leur dernier voyage, lui : avril 1985, elle : novembre 1985.

Désormais seule, sans argent, Jacotte s'installa, bien malgré elle, dans un mode de vie précaire. Malgré le soutient de quelques Irignois, ses conditions de vie furent très difficiles. À la fin de sa vie, une embellie eut lieu, elle se concrétisa par une grande exposition à Irigny en octobre 1998.

Elle est décédée en mai 1999.